Quand un contrôle antidopage détecte de l’hCG dans le sang d’un coureur cycliste, la première réaction du peloton est la suspicion. Pour Torstein Træen, ce marqueur hormonal signalait tout autre chose : un cancer testiculaire diagnostiqué en 2022. Le grimpeur norvégien, alors en pleine progression chez Uno-X, a vu sa carrière basculer en quelques heures. Ce qui s’est passé ensuite raconte bien plus qu’un simple retour à la compétition.
Profil physiologique modifié après le traitement du cancer
On parle souvent de la dimension mentale du retour après une maladie grave. On oublie presque toujours la partie physiologique. Træen, lui, la vit à chaque course.
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Dans ses interviews récentes, le Norvégien explique que les traitements subis ont durablement modifié sa tolérance aux fortes chaleurs. Ce n’est pas un détail : pour un coureur professionnel, cela change le calendrier de la saison entière. Træen privilégie désormais les courses de montagne au climat tempéré et les grands tours disputés en fin d’été, comme la Vuelta a España, plutôt que les épreuves de juillet sous canicule.
Cette contrainte explique un choix que les observateurs ne comprennent pas toujours : pourquoi un grimpeur de ce calibre ne vise-t-il pas systématiquement le Tour de France ? La réponse tient à la gestion médicale post-traitement, pas à un manque d’ambition.
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Gestion de la charge d’entraînement chez Bahrain Victorious
Le staff médical de Bahrain Victorious a mis en place un protocole spécifique autour de Træen. Ce suivi va bien au-delà des contrôles antidopage habituels : il intègre des examens réguliers dédiés aux séquelles du traitement anticancéreux. Ce type de suivi médical renforcé post-cancer représente une évolution encore rare dans le peloton WorldTour.
Concrètement, la gestion de l’entraînement de Træen repose sur des principes différents de ceux appliqués aux autres coureurs de l’équipe :
- Des cycles de surcharge plus courts, pour éviter de pousser l’organisme dans des zones de fatigue où les risques de rechute ou de complications augmentent
- Des fenêtres de récupération plus longues entre les blocs d’effort intense, calibrées en fonction de marqueurs biologiques suivis de près
- Un monitoring rapproché qui dépasse le cadre sportif classique et relève autant de la médecine oncologique que de la physiologie de la performance
On est loin de l’image du coureur qui reprend comme avant. Træen doit composer avec un corps qui ne répond plus exactement de la même manière.
Torstein Træen au maillot rouge de la Vuelta a España
La sixième étape de la Vuelta 2025, au départ d’Olot en Catalogne, a offert à Træen le moment le plus visible de sa carrière. En s’échappant dans une journée montagneuse, le Norvégien a endossé le maillot rouge de leader du classement général. À trente ans, après un cancer, une fracture du coude sur le Tour de France et des mois de reconstruction, ce résultat a une portée particulière.
La Catalogne occupe une place singulière dans son parcours. C’est lors de la Volta a Catalunya 2022 que les premiers signes de la maladie sont apparus. Revenir dans cette même région pour prendre la tête d’un grand tour donne au scénario une dimension que le Norvégien n’a pas cherché à minimiser. Lors de l’interview d’après-étape, il a évoqué l’idée d’une célébration spéciale en fin de course, signe que le maillot rouge représente bien plus qu’un classement provisoire.

Le modèle norvégien de soutien psychologique aux coureurs
Le parcours de Træen ne s’explique pas uniquement par sa résilience individuelle. La fédération norvégienne et les équipes locales ont formalisé, depuis quelques années, des programmes de soutien psychologique pour les coureurs confrontés à des blessures graves ou à des maladies lourdes. Le cancer fait partie des cas pris en charge.
Træen est cité en interne comme cas-école de ce que la fédération appelle le « return to performance » à long terme. Ce cadre structuré a joué un rôle dans sa capacité à revenir au plus haut niveau, là où d’autres coureurs, dans des pays sans ce type de dispositif, auraient pu décrocher définitivement.
La Norvège produit aujourd’hui une densité inhabituelle de coureurs compétitifs au niveau WorldTour. Ce n’est pas un hasard si cette réussite sportive s’accompagne d’une prise en charge globale du coureur, au-delà de la seule performance physique.
Parcours et résultats clés de Træen en cyclisme professionnel
Né le 16 juillet 1995 à Hønefoss en Norvège, Torstein Træen a débuté sa carrière en 2015 avec l’équipe continentale Team Ringeriks-Kraft. C’est en rejoignant Uno-X Pro Cycling Team qu’il a commencé à se faire remarquer comme grimpeur.
Avant le diagnostic, ses résultats montraient une progression nette : deuxième du Tour de Petite Pologne, neuvième au Tour de Catalogne, vainqueur du classement de la montagne au Tour des Alpes. Après l’opération, il est revenu à la compétition dès août 2022, enchaînant des résultats solides au Tour de Croatie et au Tour de Langkawi.
Son passage au Tour de France 2023, marqué par une chute dès la première étape et une fracture du coude qui ne l’a pas empêché de terminer la course, a révélé au grand public ce que son entourage savait déjà : Træen ne lâche pas. Le surnom « One Ball », qu’il revendique avec humour, résume l’état d’esprit du bonhomme.

Le maillot rouge de la Vuelta 2025 n’est probablement pas le point final de cette trajectoire. La distance qu’il peut encore parcourir au classement général d’un grand tour reste incertaine, compte tenu des contraintes physiologiques qui l’accompagnent désormais. Les avis varient sur ce point, y compris au sein de son propre staff.
Ce qui ne fait pas débat, c’est que Træen a déjà démontré qu’un coureur rescapé du cancer peut rivaliser au plus haut niveau du cyclisme mondial.

